Le roman des anciens : LUC RAUSCENT

Par St Joseph de Tivoli, le 29 septembre 2017

Chaque newsletter nous donne l’occasion de rencontrer un ancien. Leurs témoignages nous permettent de dégager les grandes lignes de force de l’éducation « jésuite ». Leurs souvenirs écrivent l’histoire de Tivoli avec sérieux et sans trop de nostalgie. Leurs expériences enrichissent à leur façon le projet éducatif du Tivoli d’aujourd’hui. Nous leur sommes reconnaissants de se plier à cet exercice de « relecture » très ignatien.


Luc Rauscent 1971

Cet entretien avec Luc Rauscent vient à point nommé puisque l’article qui suit est consacré à Envol 33 dont il est aujourd’hui le président après en avoir été un des membres fondateurs il y a de nombreuses années. Après des études de sciences économiques et un parcours d’enseignant chercheur, il est selon les cas chargé de mission ou délégué général de différentes organisations patronales qui vont du Pin Maritime à la Métallurgie (UIMM), branches où il met en place des actions concernant la formation pour toute la vie, chère à Jacques Chaban-Delmas et Jacques Delors « une expérience bienveillante sans concurrence autour de la formation continue ». Il dit avoir tout à la fois trouvé dans cet exercice des rôles de « père recteur » et de « père spirituel ». Des services à hauteurs différentes exercés avec humilité et inspirés par l’éducation qu’il a reçue à Tivoli.

Aujourd’hui, libéré de ses obligations professionnelles, il met son expérience au service de l’insertion et de la formation. Il s’occupe d’ une association et d’une entreprise : la première est l’ADORA, inspirée à l’origine par le Patronat chrétien, qui s’est donnée pour mission : faciliter la rencontre avec les professionnels sur leur lieu de travail, participer et/ou organiser des évènements pour sensibiliser à la démarche d’orientation et ouvrir l’information aux acteurs de l’orientation par son portail internet. Un travail destiné notamment à des publics en difficulté : il s’agit d’aider en préparant des visites, en accompagnant les personnes sur les lieux et en débriefant à l’issue des rencontres ; la seconde est ENVOL 33 une initiative qui est partie de Tivoli dans le sillage et l’esprit du père Duvoisin créateur de l’AFEPT, une activité d’insertion illustrée dans l’établissement par la présence de la cafétéria FUNTI. Avec le souci de « donner du travail et un avenir à des gens qui n’en avaient plus ». C’est au sein de Tivoli faire œuvre d’éducation auprès d’un public différent en remettant chacun debout. Envol 33, c’est retrouver de l’allant et prendre son élan dans un milieu équilibrant et privilégié. Luc Rauscent manage un conseil d’administration d’une douzaine de personnes engagées sur le terrain et attentives au développement de l’entreprise. ENVOL33, c’est aussi un restaurant d’insertion « la Marmite » dans le vieux Bordeaux, où se côtoient un public en difficulté et les gens du quartier. L’association a acquis une compétence qui lui permet de répondre à des demandes de restauration complète, comme à l’école Saint-Elme à Arcachon. En général, chaque unité est composée d’un manager local et de trois personnes en réinsertion qui se relaient dès qu’ils sont prêts à rejoindre le monde du travail.

Pour Luc Rauscent, l’engagement est un « continuum », une constante qui vient de son passage à Tivoli. Il dit que 2 ou 3 choses l’inspirent toujours. Il parle du père Lacouague, son aumônier, qui disait : « le soir demandez-vous deux choses : ce que vous avez fait pour les autres et le bien commun et ce que vous avez fait pour Dieu… » Une façon de s’interroger quotidiennement et de faire toujours un pas de plus. Une découverte spontanée de la « relecture ». Il se rappelle avoir souvent dit dans sa vie professionnelle qu’Ignace de Loyola avait inventé « la démarche qualité ». Il poursuit : « je me suis toujours engagé là où je pouvais dans la limite de ce que je croyais savoir faire : ainsi par exemple sous forme d’un engagement socio-professionnel dans le cadre du MEDEF ».  Il retient aussi de son parcours à Tivoli l’expérience du sens de l’effort et de la nécessité de s’engager jusqu’au bout, de ne pas baisser les bras, de ne pas se contenter du médiocre. Au point de se reprocher de ne pas en faire assez et de poser cette exigence pour soi et avec quelques grincements pour les autres. Il ajoute qu’il a appris à « ne pas se contenter de ce qui est dit, en ayant toujours en éveil son esprit critique ». Lorsqu’il analyse une situation il est vigilant pour dégager « les points forts et les marges de progression ». Une manière bienveillante pour ne pas s’en tenir aux seuls points faibles. Et puis, qui suis-je pour juger ?

Il est dit que l’objectif  éducatif des Jésuites a toujours été de former des personnalités résistantes et généreuses : Luc Rauscent avec humilité et ténacité en est certainement une des preuves, si non un exemple.