Quand innover donne du sens à une réforme : les « Equipages ».

Par St Joseph de Tivoli, le 07 octobre 2019

La réforme du lycée a généré beaucoup d’effervescence dans les établissements scolaires. Ce depuis plusieurs mois. Supprimer les filières classiques qui présidaient à l’orientation future, organiser la répartition des options possibles, autant de casse-têtes pour l’organisation de l’année scolaire à venir. Et, avec tout ça, il fallait fabriquer des emplois du temps crédibles et être prêt pour la rentrée.

Tivoli a su prendre le temps qui convient et profiter de l’occasion de cette réforme pour développer une nouvelle fois les points les plus pertinents de son projet éducatif. Donner du sens et du corps à cette réforme, tel paraît aujourd’hui avoir été l’objectif poursuivi dans l’appréhension des consignes élaborées par le ministère de l’Education nationale.

C’est ainsi qu’est né le principe des « Equipages » en classe de première, la génération pionnière de cette réforme du lycée. Développer le travail d’équipes autour des spécialités choisies, favoriser l’éducation par les pairs en suscitant la prise de responsabilité de chaque élève, en misant sur l’entraide et l’émulation, tel est le projet innovant qui donne chair à cette réforme : une belle interprétation ignatienne qui symboliquement a vu le groupe des 28 chefs d’équipage prendre le nom de « Groupe Sevin 2019 », du nom du père jésuite qui a fondé les scouts de France.

Faire l’expérience du travail avec les autres, tel est le principe ignatien qui a présidé la création des « Equipages ». Il s’agit pour chacun des membres des équipages de faire « une expérience », celle de l’autonomie, de la responsabilisation, de l’émulation entre pairs, de l’entraide et de l’accompagnement.

La création des équipages à Tivoli doit beaucoup à la pédagogie scoute initiée par le père Jacques Sevin (1882-1951), créateur des Scouts de France.

Les 250 élèves de première ont été répartis en 28 équipages, correspondant aux options académiques possibles. Chaque Equipage est organisé, en gros, comme sur un bateau. Chacun a une mission précise qui fédère le groupe, il l’assume pour et avec les autres. Un chef d’Equipage est le garant de la bonne marche de l’ensemble, il assume sa mission avec responsabilité et la confiance du groupe. L’Equipage se réunit deux heures toutes les semaines dans un local dédié. Les différentes missions des membres de l’équipage sont variées, elles sont celles que l’on retrouve sur un bateau : le second, le bosco, le chef de quart, le mouse, le maître-coq, l’aumônier etc… Les rôles peuvent être échangés au fil du temps. Un document rappelle le rôle que doit tenir chacun des membres et les compétences sollicitées. Deux colonnes répertorient tout ça : « rôle concret à jouer au fil du des temps d’équipages » et « qualités requises et compétences que l’on souhaite développer ». Un exemple : le bosco : il est bout-en train, chargé de motiver les troupes, responsable de l’ambiance de travail (gestion du bruit en particulier) : ses qualités et compétences à travailler : attention aux autres, qualités relationnelles et humaines, franchise, bon sens, autorité. Chaque membre a ainsi la définition de son rôle.

Les 28 chefs d’équipages qui constituent le « Groupe Sevin 2019 » ont été repérés et sollicités à l’issue de leur classe de seconde. Ils ont soudé leur groupe en encadrant le séjour des sixièmes en début d’année sur les pas de Saint-Ignace à Loyola et Javier. Une manière  de « faire leur classe » et d’exercer leur autorité et d’acquérir le sens de l’accompagnement.

Le samedi 21 septembre a eu lieu le lancement officiel et solennel des « Equipages ». Les 250 premières ont, après quelques mots de leur responsable, assisté à une conférence du père Pascal Sevez, jésuite, qui leur a montré comment le principe des « Equipages » s’inscrivait dans la tradition de la pédagogie ignatienne. Les élèves ont regagné ensuite leur équipage pour organiser leurs futures réunions tandis que près de 300 parents assistaient à leur tour à cette même intervention.

Innover donne du sens, nous le voyons. Les élèves que nous avons rencontrés, sensibles à ce dispositif conçu pour eux et conscients de l’investissement de leurs responsables et de la confiance qui leur est faite, semblent partis pour « jouer le jeu » et profiter au mieux de la chance qui leur est donnée.

Bientôt sans doute une relecture de ce dispositif dont feraient bien de s’inspirer les initiateurs de cette réforme.