Pour quoi les archives ?

Par St Joseph de Tivoli, le 28 novembre 2019

Pour quoi les archives ? Ce travail de bénédictin dans un collège jésuite, qui fait voler la poussière aux quatre coins des couloirs. Serait-ce l’office obscur d’une petite équipe, affairée et secrète qui prépare un remake de « Au nom de la rose » dans une version ignatienne ? Pour quoi les archives ? Pourquoi privilégier un tel axe dans le développement stratégique « Tivoli 2030 » qui égrène des projets apparemment plus ambitieux ?

On peut se poser ces questions si l’on n’a pas été témoin du travail qui s’est mis en route en 2015 et qui a trouvé son premier aboutissement dans l’exposition organisée dans les vitrines du rez de chaussée de l’établissement, une exposition qui a eu une large audience et un succès plus que mérité

L’équipe qui est au travail autour d’Annie Tobie, historienne et ancienne enseignante à Tivoli, au-delà de son attachement à l’établissement, partage visiblement le plaisir de la recherche, avec une exigence la plus professionnelle possible, sûre de contribuer à sa manière à la construction du Tivoli de demain : une équipe d’un quinzaine de personnes retraitées ou encore en fonction, un ancien élève agrégé d’histoire passionné d’archives, dont la rigueur, le souci de la précision et la régularité sont précieux et Monique Bluteau, responsable du CTP Informatique qui en plus d’être une des mémoires de l’établissement assure avec goût toute la partie technique.

Circulent déjà dans différentes publications récentes de Tivoli les orientations et l’état de ces recherches avec des dates et des repères historiques pour mieux comprendre l’histoire de l’établissement et les fondamentaux qui président et inspirent à travers les années ses orientations pédagogiques et éducatives

Un site https://archives.tivoli-33.org/ qui évolue sans cesse, donne la dimension du travail effectué. On y trouve les éléments des premières expositions qui sont utilisés sous forme de kakemonos (rouleau destiné à être accroché au mur ou sur des mâts) quand il y a des réunions publiques. Des qr-codes permettent de compléter utilement les informations.

Une meilleure connaissance de l’établissement ne sert pas uniquement la nostalgie des anciens et la curiosité du public. Même si…

Lorsque les documents dispersés aux quatre coins de l’établissement ont été rassemblés, il a paru évident de faire partager au fur et à mesure au plus grand nombre les découvertes. Tandis qu’avec méthode, ils étaient classés dans un lieu dédié, dans le même temps s’est organisée la première exposition. Ainsi a pu être partagée l’émotion des découvertes, « on allait d’émotion en émotion », « témoins du plaisir de personnes qui retrouvaient leur établissement ». Pour les élèves, c’était répondre à des questions « qu’est-ce qu’était Tivoli avant moi…quels ont été les faits marquants ? » et aussi qu’est-ce qu’on dira de nous ?

Les archives inscrivent ainsi chacun dans une histoire, les archives sont « fondamentalement vivantes ». Elles « irriguent ». Elles dégagent des mots clés (relecture, discernement), racontent les ajustements au fil du temps, l’adaptation de l’inspiration ignatienne pour des publics différents, d’époques différentes. « On est partis d’une communauté vivante, celle de 2019 et on a fait dialoguer  en quelque sorte les vivants et les morts… ». On peut imaginer la responsabilité et nous l’avons déjà dit l’émotion suscitées par cette démarche. « Tivoli devient avec les archives une aventure humaine ». Les archives donnent de l’épaisseur au temps qui passe, de la reconnaissance à ceux qui nous ont transmis et nous transmettent,  et dans le même mouvement, elles engagent et autorisent l’investissement, l’initiative et invitent à l’audace, à toujours faire un « pas de plus » (magis). Les archives procurent une certaine fierté, celle de se mettre dans les pas de l’histoire et inspirent de l’exigence (non qu’il s’agisse de rester à la hauteur mais plutôt d’être fidèles à ce qui a été reçu et qui vous a formés). Les archives invitent au questionnement « d’où venons-nous ? où allons-nous ? ». Elles « provoquent des rencontres qui nous éclairent ; par exemple « il y a des constantes, la catéchèse et la pédagogie qui se déroulent sous nos yeux et font échos à la société de l’époque », « ce qui permet de faire des comparaisons ». Bien sûr, c’est « une banque des souvenirs réels et identifiés » mais qui révèle à qui veut bien voir « ce qui est en dessous : des méthodes éducatives sans cesse renouvelées et toujours les mêmes ».

Mais, il faut se méfier aussi des reconstructions qui généreraient de l’entre soi et du communautarisme déguisé, du conservatisme aussi en croyant être fidèle à l’histoire. Tel n’est pas le cas quand on regarde l’histoire de Tivoli jusqu’à aujourd’hui, quand on prend du recul. Mais il faut être vigilant pour demain, notre société est aujourd’hui friande de telles dérives.

Nous le voyons les archives ont « l’esprit missionnaire ». En tous cas, les archives constituent un socle, une assise sur lesquelles une institution peut trouver ou assurer son équilibre, c’est le rôle des fondations, ne pas construire sur le sable nous redit l’Evangile. Les archives sont essentielles et vivantes,  il faut être vigilant dans leur entretien et en avoir le souci.

Alors qui pourrait nous questionner encore : pour quoi les archives ?