Nouvelles des jésuites, Le Centre Laennec de Marseille a fêté son centenaire

Par St Joseph de Tivoli, le 28 novembre 2019

Fondé en 1919, le Centre Laennec de Marseille, qui accompagne 980 étudiants en médecine odontologie, maïeutique et – spécificité marseillaise – pharmacie,  selon la pédagogie jésuite, a célébré ses 100 ans le 18 octobre dernier (à l’occasion de la fête de l’évangéliste Saint Luc, patron des médecins). A cette occasion, de nombreuses festivités étaient prévues dans l’établissement marseillais.

Après la messe, le Provincial François Boëdec, a pris la parole pour redire les enjeux de la présence des jésuites auprès des étudiants en médecine.

“Sur ce chemin entre la conscience du médecin et la confiance du patient face aux différentes servitudes qu’a évoquées le Professeur Mattéi, chacun est encouragé à progresser et à donner le meilleur de lui-même. Le Centre veut aider à dépasser l’aspect carriériste et individualiste trop souvent prégnant dans les études médicales, et accompagner autant que possible la croissance intérieure des professionnels de santé de demain. Et cela, nous en sommes convaincus, c’est une aventure à vivre avec d’autres, dans un esprit d’entraide et de réel soutien.

Tout cela fait l’alchimie, l‘ADN, le trésor, on pourrait dire aussi « le supplément d’âme » auxquels les Centres Laennec, celui de Marseille, enracinés dans la force de renouvellement que l’Evangile apporte à chaque époque à nos vies et à la vie de ce monde, sont attachés et sur lesquels ils s’emploient à veiller.”

Je n’ai aucune compétence médicale, je ne me hasarderai donc pas sur ce terrain. Mais en revanche, il me semble quand même important de rappeler pourquoi la Compagnie de Jésus, les jésuites, il y a 100 ans et aujourd’hui encore – preuve qu’on a quand même un peu de suite dans les idées – ont trouvé et trouvent important de faire vivre et d’animer – au sens premier du terme, c’est-à-dire de lui donner un esprit et une âme -, un tel lieu. Comme c’est souvent le cas, la Compagnie a répondu à une demande, tout juste au sortir de cette première guerre mondiale si meurtrière, celle de prêtres du diocèse de Marseille et d’étudiants en médecine, demande d’apporter une aide, un cadre, pour la formation humaine et spirituelle de futurs médecins. Ainsi naît ce qui deviendra par la suite la Conférence Augustin Fabre, du nom de ce médecin marseillais réputé, ancien interne des hôpitaux de Paris, professeur à l’école de médecine, mort en 1884, et qui avait été surnommé en raison de sa charité, « le médecin des pauvres ». Augustin Fabre, par sa vie, indiquait à sa manière le genre de médecin que ce nouveau centre voulait former : des hommes et des femmes compétents et généreux, professionnels et dévoués. Les années ont passé. Et je ne vais pas retracer l’histoire riche très bien racontée dans le livret du Centenaire. La Conférence est devenue le Centre Culturel Médical, puis s’est ouvert plus largement qu’aux seuls médecins, proposant une aide aux diverses études des professions de santé, puis en 2013 le CCM est devenu le Centre Laennec de Marseille, du nom d’un autre illustre médecin du dix-neuvième siècle, breton celui-là, inventeur du stéthoscope, et ami de la Compagnie. Et c’est sous son bienveillant patronyme, que s’est formé désormais un réseau solide, les trois Centres de Paris, Lyon et Marseille.

Mais dans toutes ces évolutions, ces différentes périodes, ce fut toujours le même objectif qui était recherché. Le CCM hier, Le Centre Laennec aujourd’hui, c’est en effet un esprit, une méthodologie et une dynamique. Beaucoup, étudiants, médecins, anciens du Centre, formateurs, pourraient en parler mieux que moi. Le Centre Laennec n’est pas une aumônerie d’étudiants en médecine, même si les questions spirituelles qui émergent chez les étudiants dans leur confrontation à la maladie, à la souffrance et à la mort sont prises au sérieux, et que des propositions explicitement spirituelles sont bien présentes pour ceux qui le souhaitent, dans le respect de la belle diversité religieuse qui existe chez les étudiants. Ce n’est pas non plus une prépa médecine, boite à fric, pour faire réussir les enfants des bonnes familles marseillaises ou aixoises, même si faire advenir chacun au meilleur de lui-même est fondamental. Et que les résultats sont au rendez-vous, fruit de la qualité du travail accompli. Non, l’objectif est encore plus large et fondamental. Comme l’indique la charte du réseau des Centres Laennec, il s’agit d’abord de contribuer à former des médecins compétents, en s’appuyant sur la tradition pédagogique de la Compagnie, proposant notamment un accompagnement personnel, un compagnonnage à travers lequel les aînés aident les plus jeunes. Il s’agit aussi de préparer à la vie professionnelle. Et les Centres Laennec ont vocation à encourager les futurs professionnels de la médecine à prendre conscience de leurs responsabilités à venir, sachant travailler en équipe, prêts à s’engager au service du bien commun. Dans ce cadre, combien est précieuse cette initiation au discernement éthique, dans un contexte médical de technicité toujours plus grande, où chacun est amené à grandir dans les choix qu’il aura à poser. Sur ce chemin entre la conscience du médecin et la confiance du patient face aux différentes servitudes qu’a évoquées cet après-midi pour nous le Professeur Mattéi, chacun est encouragé à progresser et à donner le meilleur de lui-même. Le Centre veut aider à dépasser l’aspect carriériste et individualiste trop souvent prégnant dans les études médicales, et accompagner autant que possible la croissance intérieure des professionnels de santé de demain. Et cela, nous en sommes convaincus, c’est une aventure à vivre avec d’autres, dans un esprit d’entraide et de réel soutien.

3 Tout cela, chers amis, fait l’alchimie, l‘ADN comme on dit maintenant, le trésor, on pourrait dire aussi « le supplément d’âme » auxquels les Centres Laennec, celui de Marseille, enracinés dans la force de renouvellement que l’Evangile apporte à chaque époque à nos vies et à la vie de ce monde, sont attachés et sur lesquels ils s’emploient à veiller. Je voudrais citer ici le P. Pierre Clermidy, actuel directeur, qui redit à sa manière l’enjeu de cette formation intégrale :

« Tous les étudiants qui fréquentent nos centres ne deviendront pas des éthiciens chevronnés, mais tous auront été sensibilisés au fait que la vérité ne se réduit pas à l’exactitude des connaissances scientifiques, mais qu’elle concerne aussi la justesse des décisions et la rectitude des comportements. Pas seulement « comment fonctionne le corps humain ? » ou « comment guérir une maladie ? », mais également « Comment agir pour promouvoir le bien et éviter de faire mal ? » Au fond, les centres Laennec ne cessent de rafraîchir cette question, pourtant vieille comme le monde, du bien et du mal. »

Voilà bien un enjeu à hauteur d’homme, toujours fondamental. Voilà pourquoi nous jésuites, avec nos amis et collaborateurs, avec le soutien de l’Eglise de Marseille, nous sommes ici, avec vous chers étudiants. Parce que l’enjeu est important, – l’actualité nous le montre sans cesse -. Aujourd’hui plus que jamais, il s’agit de prendre soin de la « fragile humanité », il s’agit de « former des hommes et des femmes pour les autres ». Alors, réjouissons-nous. Réjouissons-nous de ces 100 années écoulées, du travail accompli. Comme dans la vie de toute institution, on peut imaginer qu’il y a eu des hauts et des bas, des moments plus chaotiques et d’autres plus vivants, des choix à opérer, et des hommes pour les incarner. Je veux rendre grâce avec vous pour tous les jésuites, qui, chacun à leur manière, leur charisme propre, leur tempérament – on pense évidemment mais pas seulement au Père André Tayeau -, qui de génération en génération, ont pris soin de ce lieu. Il y a eu des jésuites, directeurs ou aumôniers, – certains sont parmi nous ce soir – qui ont marqué de nombreux étudiants, et qui ont véritablement donné ou redonné vie à ce lieu. Et pour les anciens et amis du Centre qui sont avec nous, il y a sûrement des visages et des noms qui remontent à la mémoire. Merci donc aux compagnons jésuites qui ont donné leur temps, et donc beaucoup de leur vie, mais aussi aux membres des équipes, aux salariés qui ont eu tant d’attention pour les étudiants, en particulier à Anne Badolato qui travaille au CLM depuis plus de 25 ans, aux bénévoles, aux administrateurs et amis du Centre, à M. Jean-

4 Claude Pical, aux professeurs Jean Bernard, Jean Delmont, Brigitte Chabrol, le Docteur Pierre-Yves Waller, et aux nombreux amis médecins qui n’ont pas ménagé leur peine pour soutenir cette belle œuvre. Je remercie aussi les institutions partenaires, je pense à l’aumônerie des étudiants de la santé Team’One et à la pastorale des jeunes du diocèse. Je pense enfin aux responsables politiques qui savent l’importance de ce lieu pour la ville de Marseille et de sa région. Merci de votre présence ce soir parmi nous, et de votre soutien. C’est grâce à ces fidélités, à ces engagements, que l’aventure a duré et qu’elle continue. Cette aventure manifeste aussi les liens qui existent dans la famille ignatienne, avec les amis de la Compagnie, entre institutions, dans cette ville de Marseille où la présence de la Compagnie veut ainsi continuer à être, comme aujourd’hui et dans de nouveaux projets, bien vivante, présente dans des réalités humaines, sociales, éducatives, religieuses différentes, mais toujours au service des hommes d’aujourd’hui. Pour cela aussi, je veux dire ma gratitude au nom de la Compagnie. Aujourd’hui, après un siècle d’existence, on peut dire que le Centre Laennec de Marseille s’apprête à prendre, dans d’excellentes conditions, le virage d’un second centenaire. Le Centre se porte bien, comme le laisse deviner ce soir le visage heureux de son directeur jésuite malgré la fatigue de la préparation de ces festivités. En effet, – vous le savez – situé à 100 mètres de la Faculté de médecine, le Centre accueille aujourd’hui environ – je parle sous ton contrôle Pierre – 990 étudiants en médecine, odontologie, maïeutique et – spécificité marseillaise – en pharmacie. Et à la différence des deux autres Centres Laennec situés à Paris et Lyon, celui de Marseille héberge également une résidence étudiante de 28 places.Les enjeux ne manquent pas, à commencer demain la réforme des études, de la première année et de l’internat. Pourtant dans tout cela, la vie est au rendez-vous. Elle est là à accompagner. L’avenir, ce sont les étudiants, et c’est donc à vous, tout naturellement, que je voudrais plus particulièrement m’adresser pour terminer, vous qui avec vos tempéraments et vos convictions, allez écrire une nouvelle page de l’engagement au service de la médecine, en redisant en substance ce que j’ai dit à leurs collègues et amis du Centre Laennec de Paris, il y a deux ans, lors de l’inauguration de leurs nouveaux locaux. S’occuper de l’homme, de cette humanité délicate et souffrante, est sans doute l’une des plus belles tâches qu’une personne peut accomplir. Alors oui, soyez des hommes et des femmes pour les autres. Engagez-vous résolument, comme vous le faites, et avec sérieux dans votre formation médicale, n’oubliez jamais la personne derrière l’acte médical, ni sa dignité dans sa diminution. Que les années en ce lieu, profitant de tout ce qui est proposé, et de la présence généreuse de ceux qui le font vivre, vous donnent de ne jamais être ni blasés, ni prétentieux, ni distants ; mais au cœur même de vos compétences professionnelles, gardez un esprit de simplicité et de modestie, d’écoute et d’attention, d’entraide et de bienveillance. Et si cela vient à votre cœur, remerciez Dieu pour cette vie belle et fragile à la fois, dont il vous sera donné demain de prendre soin. Je vous remercie de votre attention.

Marseille 18 octobre 2019

Fête de St Luc, patron des médecins

P. François Boëdec, sj.