Le confinement et après : libres propos d’un chef d’établissement.

Par St Joseph de Tivoli, le 26 juin 2020

L’établissement n’a jamais arrêté d’être sollicité pendant cette période, Louis Lourme a donc eu à ajuster sa mission en fonction des directives officielles et de ce qu’il ressentait de ce terrain éparpillé qu’était devenu Tivoli. Il a fallu essayer de trouver les outils adéquats pour garder le lien, informer rapidement les différentes parties prenantes, répondre aux questions, faire face à l’imprévu, etc. Le travail avec le réseau des chefs d’établissement girondin, le réseau des établissements jésuites et les différents conseils de l’établissement et avec l’APEL a permis une gestion aussi apaisée que possible de cette longue période de crise qui n’en finit pas de finir. Joint par téléphone, il nous a donné ses premières impressions, bien conscient qu’il était prématuré de faire un bilan.

Ce n’est pas facile de penser ce qui arrive et ce qui nous est arrivé. Comment prendre de la hauteur au milieu de tout cela ? Ce qui a manqué aux élèves, ce sont les murs… et aux murs les élèves. Et l’on a bien vu que l’outil numérique (idéal en soi en cette période) montrait lui aussi ses limites. La priorité fut donc de maintenir le lien, malgré tout. Bien entendu la circulation de l’information était importante, mais il a fallu constater que ce qui nous lie, ce n’est pas l’information mais le sens qui se trouvait comme évacué par une relation médiatisée par le numérique.

Nous avons ainsi pu réaliser l’importance de la parole, et en particulier de la parole incarnée. De même qu’aujourd’hui nous voyons bien la difficulté d’avoir à faire à des visages masqués. Comment mettre un visage sur la relation ? Comment « envisager » la relation pédagogique ? Après avoir dû faire vivre la relation pédagogique sans chair, sans présence incarnée, voilà que le déconfinement a tendance à nous réduire à notre chair, à notre corps – car c’est lui qui représente une menace en cette période. Evoluer au milieu de cet étrange balancement est un vrai défi pour les éducateurs.

Le retour à l’école nous a cependant montré tout ce que peut apporter une journée d’école aux adultes et aux jeunes, malgré les contraintes sanitaires. De la joie et de la sérénité, du bruit et du mouvement, du travail et de l’échange… Le retour a été progressif (et délicat à mettre en place) mais très bénéfique pour la plupart d’entre nous ! Et il faut dire que toute cette période, de laquelle nous ne sommes pas encore sortis, nous a fait toucher du doigt notre capacité d’adaptation. Elle restera probablement longtemps dans les mémoires tant elle est inédite et tant elle a bousculé rapidement toutes nos habitudes. C’est sans doute trop tôt pour faire un bilan, mais nous retiendrons je crois cette mobilisation générale des enseignants, du personnel, des parents, et des élèves, qui, pour épuisante qu’elle ait été, a bien montré la qualité de notre structure pédagogique.

Enfin, aussi optimiste qu’on puisse chercher à demeurer dans une telle période, on ne peut se retourner sur cette période sans avoir une pensée pour celles et ceux qui ont été écrasés par des souffrances diverses, parfois vécues dans la solitude. Vis-à-vis de ces souffrances personnelles et professionnelles, la place du chef d’établissement donne à cette période de crise une épaisseur particulière et invite à porter sur ces derniers mois un regard plein de compassion. Conservons donc au cœur la qualité et l’importance des liens que nous nouons, car c’est cela qui donne son sens à tout le reste !