La pastorale à Tivoli : des réponses à des attentes

Par St Joseph de Tivoli, le 27 novembre 2019

Chacun a des idées, des images toutes faites de la pastorale (qu’on appelait aussi catéchèse et avant catéchisme…), images qui ont leur racine dans une expérience ou le témoignage de tiers. Nous avons fait une enquête sur ce que Tivoli entendait par pastorale. Sur son organisation mais surtout sur les questions que se posent les responsables et les réponses qui sont apportées. Ce qui ressort, c’est que ce qui se fait ne se fait pas par hasard.

D’abord, il faut rappeler que ce sont les chefs d’établissement (primaire et secondaire) qui sont responsable de la pastorale. Cela fait partie de leur mission au même titre que leur responsabilité éducative, pédagogique et de gestion. Ce qui signifie que la pastorale est présente dans tous les secteurs d’activité de l’établissement dont ils sont responsables (ce n’est pas un département particulier, une activité en plus).

Le « Projet d’Animation Pastorale », dit « PAP », est la charte commune à tous les établissements jésuites de France. Le PAP définit ainsi la pastorale : « Une pastorale cohérente tout au long de la scolarité est au centre d’un établissement jésuite ». C’est-à-dire : « Une pastorale de l’intelligence et de l’inculturation. Il s’agit de tenir compte des rythmes et des lieux, et d’inciter à réfléchir librement, jeunes et adultes, à partir du point où chacun en est (culture, langue, histoire…). Un établissement scolaire jésuite vise à la formation intégrale de la personne et s’attache autant à sa dimension « scolaire » qu’à sa dimension humaine et spirituelle. L’annonce de l’Évangile fait partie d’une recherche de la vérité sur l’homme. Elle ne se surajoute jamais à elle ». C’est dans le droit fil du PAP que s’inscrit ce qui se vit à Tivoli.

A Tivoli, la Pastorale est avant tout une pastorale attentive aux « attentes ».

Les familles qui inscrivent leurs enfants dans l’établissement sont riches de valeurs et se retrouvent dans celles qui sont énoncées dans le projet de Tivoli. Mais ces familles sont aussi en attente ou en demande d’autre chose.

Différents documents présentent les activités spécifiques de pastorale et l’équipe qui les encadre (sur le site de Tivoli, flyer, document « Tivoli 2030 » etc…). Nous retiendrons que des activités sont prévues pour chaque niveau de classe de la maternelle au BTS, des temps forts, des célébrations hebdomadaires et des temps de prière. Elles rythment de manière explicite la vie des tivoliens. Six personnes salariées par l’établissement organisent avec ténacité et conviction ce programme auquel se joignent ponctuellement enseignants et parents. Tous les quinze jours l’équipe se réunit avec un jésuite  pour un temps de relecture et un échange sur ce qui s’est passé et pour partager les questions et les projets. Ce travail est autant discret qu’efficace. L’équipe à la confiance de la communauté éducative. Elle se tient à l’écoute et ajuste au plus près des besoins sa mission, toujours en droit fil avec la spiritualité ignatienne. Elle a le souci de sa propre formation et veille à s’enrichir par ces contacts réguliers. Une personne est APS (adjointe en pastorale scolaire) : elle coordonne l’équipe d’animatrices et a le souci de la pastorale en faisant équipe avec les chefs d’établissement.

Nous avons dégagé de nos rencontres quelques lignes de force. Elles sont celles de l’instant T, tant l’équipe est attentive aux attentes actuelles (qui ne seront peut-être pas celles de demain).

Les motivations des parents qui mettent leur enfant à Tivoli répondent à quelques constantes : le désir d’un enseignement de qualité, le respect de valeurs que l’on considère communes, un respect pour la culture ignatienne qui donne sa raison d’être à l’établissement (même si la notion reste vague ; en tous cas se manifeste un désir d’en savoir plus). Et, derrière tout cela, ou en dessous, une attente spirituelle qui a du mal à se formuler et qu’on a du mal à évoquer avec ses enfants. Aussi, il faut accueillir cette demande implicite et lui donner forme et ne pas s’offusquer si les parents délèguent à l’école (qui leur paraît mieux faire = signe de confiance) cette face délicate de l’éducation de leurs enfants. Nous pouvons imaginer l’agilité et l’inventivité que demande la réponse à ces questions, jamais formulées directement par des familles qui ne sont pas (comme leurs enfants) au même niveau de sensibilité, de cheminement ou de connaissance. Il faut ajouter que l’Eglise à l’extérieur ne se fait pas (ou ne peut pas)  l’écho de ces attentes, trop lointaine et empêtrée qu’elle est aujourd’hui par ses contradictions internes. Rude tâche donc, mais exaltante. L’équipe dit trouver sa joie et sa force dans le retour que leur font les jeunes, par l’accueil qui leur est fait, par leur questionnement et leur désir (voire avidité) de connaître et de vivre un temps suspendu d’intériorité et de questionnement. Et, il n’y a jamais de réponse toute faite, chaque élève est différent tout comme sa famille qui le suit et le porte.

Difficile de traduire en quelques mots ce qui est vécu en pastorale et le bénéfice que chacun en tire. Ce qui ressort, c’est la joie qui se dégage de ce service (cette mission) tout à la fois ingrat et exaltant, joie qui nourrit un enthousiasme solide et entretenu, et qui aide à tenir.

Nous retiendrons quelques aspects très forts pour caractériser et illustrer ce qui se vit en pastorale. Ils parlent d’eux-mêmes.

En primaire, on sent que les jeunes ont « un rapport déculpabilisé avec la religion ». Ils parlent volontiers et beaucoup. Les demandes de sacrements sont nombreuses. Ce sont des occasions d’accompagner les copains, de s’interroger, de faire communauté et de se donner une identité tivolienne. Une véritable ouverture spirituelle entre pairs, en toute liberté. Les jeunes ressentent de la joie et veulent la faire partager à leurs camarades et à leur famille, dans une attitude réellement missionnaire (et spontanée). Ainsi, assiste-t-on à un véritable retournement original où les jeunes avec leurs questions et leur engagement interpellent leurs amis et parents, et leur donnent la force (l’exemple) de se mettre ou remettre en route.

Dans le secondaire, il est plus fait appel au discernement et à l’autonomie. Un questionnement différent et adapté aux différents niveaux d’étude. Nous retiendrons que toutes les propositions sont prises au sérieux même si elles engagent personnellement. Et peuvent déranger. Paradoxalement, elles introduisent une certaine stabilité dans un monde bousculé. La question est posée au début : « qu’est-ce que ça change d’être dans un établissement jésuite ? qu’est-ce que ça apporte et à quoi ça engage ? ». L’essentiel est pour les responsables d’aller à la rencontre des jeunes avec beaucoup de liberté. De percevoir leur attente et de voir ce qu’il y a derrière. Les rejoindre et faire sentir qu’on est du côté de la vie et de la joie, ce qui n’est pas toujours l’inspiration véhiculée par les modèles que nous propose la société. Il s’agit aussi de montrer que l’établissement lui-même dans ses choix et ses propositions montre les chemins et dit la cohérence. Qu’ils sont aussi les auteurs de leur propre construction. Il suffit souvent de leur faire faire l’expérience du silence, de l’intériorité et si possible de la prière. De leur faire sentir la richesse des rassemblements communautaires où ils perçoivent cette joie de vivre et de faire ensemble, et tant mieux si c’est à l’occasion de célébrations particulières qui les motivent. En tous cas, ils sont libres avec tout ce qui leur est proposé, tranquilles. Ils en parlent volontiers avec leurs familles comme autant d’épisodes de ce qui leur est donné à vivre dans « leur » école.

Nous savons que chiffres et statistiques ne veulent rien dire et peuvent être interprétés. Pourtant nous avons envie en conclusion de constater comme des signes évidents, comme autant d’encouragements, qu’il y a aujourd’hui 15 demandes de baptême au primaire et 15 au collège, 40 élèves au primaire préparent la première communion, 20 au collège,  50 élèves préparent leur confirmation et 70 leur profession de foi. Des démarches libres, volontaires et très ancrées que porte l’ensemble de la communauté des tivoliens et des adultes qui les accompagnent.

« Les champs sont blancs pour la moisson » nous dit l’Evangile.

Ils sont blancs aussi à Tivoli.